Retour 4 des Appels pour une candidature unitaire de la gauche antilibérale en 2007
1 - www.alternativeunitaire2007.org
2 - Pour une candidature unique de la gauche antilibérale
Le système politique a besoin d'un coup de neuf
Par Étienne Adam, animateur du réseau Convergence citoyenne.
Nous avons tous tendance à sous-estimer ce qui s'est passé le 29 mai. Dans
la façon de préparer les prochaines échéances électorales, j'ai le sentiment
que trop ont tendance à agir comme s'il ne s'était rien passé.
Le 29 mai a remis en évidence la crise du système politique de la Ve République
et de ses grands partis institutionnels. Comment considérer autrement le succès
du " non " face à la prise de position quasi unanime de la classe politique
? Comment une telle victoire aurait été possible si une crise sans précédent
n'avait affecté une représentation politique " légitimée " par la construction
européenne antérieure, et par l'appui inconditionnel des médias ?
Cette crise est issue de la critique de masse du libéralisme depuis 1995 et
du mouvement altermondialiste.
En 2002, la présence au second tour de Le Pen l'a occultée. Les forces de l'antilibéralisme,
dispersées, marginalisées, ont été impuissantes à peser.
Les régionales ont été un vote PS " par défaut " des mouvements de 2003 qui
voulaient sanctionner le gouvernement. Moins d'un an après, ce même PS se voit
mis en minorité par une majorité d'électeurs de gauche lors du référendum :
l'argument " éviter la crise " a joué dans la consultation interne, il est resté
sans effet dans une bonne partie de l'électorat même du PS.
La sortie de crise n'est pas donnée d'avance, et le glissement vers des formes
d'État autoritaire est possible si nous ne sommes pas capables dès les prochaines
échéances de présenter une alternative. Nous ne pouvons répondre à cet enjeu
que si nous ne visons pas seulement à modifier le rapport de forces interne
à la gauche, à opposer nos exigences politiques aux tenants d'un social-libéralisme
largement discrédité, mais plus largement à modifier l'ensemble du champ politique.
Bien sûr, il faut mettre en commun, confronter publiquement les propositions
des uns et des autres.
Les mouvements sociaux, les organisations politiques, les associations et les
collectifs sont riches de propositions, y compris concrètes, à opposer à ce
qui s'est fait : encore faut-il que le maximum de personnes se les approprient,
les fassent leurs et les portent ensemble dans la population.
Bien sûr, il faut créer les conditions de ce " Tous ensemble " des manifestants
de 1995 : il faut montrer que nous pouvons être une force qui dans sa diversité,
et avec sa diversité, peut peser sur les décisions politiques, peut diriger
ce pays. Nous ne visons pas à " faire un score " électoral mais, par un rapport
de forces, à traduire un changement de période politique, qui dynamise les luttes.
Car les deux premières conditions - propositions populaires et niveau de représentation
important -ne suffiront pas si nous ne changeons pas le rapport des représentants
au reste du peuple, si nous ne modifions pas le rapport actuel de délégation
ou consommation de la politique, et ne faisons pas " rentrer les mobilisations
des mouvements sociaux dans les institutions ".
C'est une autre conception de la politique, qui crée des citoyens actifs y compris
après les élections, et qui combat la délégation totale au profit des élus et
des experts de l'État. L'élection présidentielle nécessite une attention particulière
parce qu'elle est la première et a une incidence sur les autres. Faute d'une
candidature unique de la gauche antilibérale, nous n'enverrons pas le signal
fort que tant attendent.
Des candidatures signifieraient pour beaucoup une caution au système politique
actuel discrédité.
La dispersion de forces qui pourtant sont potentiellement majoritaires à gauche
serait ressentie comme un retour au fonctionnement " ordinaire " des organisations
politiques. Ce serait un désaveu des années d'activités antilibérales et altermondialistes.
Les organisations politiques qui prendraient la responsabilité de cette aventure
se discréditeraient, et porteraient aussi un mauvais coup à toute possibilité
de changement.
Une candidature unique n'est pas une question de tactique, mais l'engagement
dans un processus de transformation sociale qui mettrait fin aux dégâts du libéralisme,
ouvrirait la voie d'un autre mode de développement, par une autre façon de faire
de la politique. Cela doit être clair dans le choix même du candidat et dans
le choix du rôle que nous lui assignons collectivement dans un débat public.
Il doit exprimer clairement notre rupture avec un système politique en crise.
Haut
de page
3 - La gauche antilibérale doit se rassembler pour 2007
Par Clémentine Autain (féministe, élue de Paris), Claude Debons (ancien responsable syndical), Monique Dental (militante féministe), Raoul-Marc Jennar (militant altermondialiste), Claude Michel (syndicaliste), René Mouriaux (politologue), Yves Salesse (militant associatif), Évelyne Sire-Marin (militante associative), Philippe Villechalanne (militant d'association de chômeurs).
La gauche antilibérale doit se rassembler afin de proposer pour 2007 un projet unitaire de transformation sociale. Le mouvement contre l'aggravation de la précarité en souligne l'urgence.
Il faut mettre fin aux politiques libérales, au démantèlement social, à la stigmatisation aggravée des immigrés, à la dérive autoritaire ; et ouvrir une autre perspective. Depuis plusieurs années, mobilisations sociales et votes sanctions ont contesté ces politiques patronales et gouvernementales sans les mettre durablement en échec. Les politiques des majorités de gauche plurielle n'ont pas été celles de la droite. Toutefois, dominées par le social-libéralisme, elles ne sont pas revenues sur les dégâts antérieurs et elles y ont ajouté leurs propres renoncements.
L'urgence de battre la droite se conjugue avec la nécessité de proposer des alternatives contre toutes les formes d'oppression, de domination et d'exploitation.
Le " non " populaire majoritaire du 29 mai a révélé des potentialités. L'exceptionnelle mobilisation actuelle les confirme. Le libéralisme ne fait pas recette parmi nos concitoyens. Il tire surtout sa force de l'inconsistance politique qui lui a été opposée sur fond de dégradation des rapports des forces sociales inhérente au chômage de masse et à la mondialisation capitaliste ; et de désarroi idéologique découlant des échecs des tentatives passées de transformation sociale.
L'antilibéralisme peut être majoritaire dans l'électorat de gauche et dans le pays. Voulons-nous concrétiser cette possibilité ? Après le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005, de nombreux citoyens recherchent des perspectives alternatives. Les principales forces politiques de la gauche antilibérale doivent y apporter des réponses communes.
Il ne s'agit pas de refaire la " gauche plurielle " et d'aller dans un gouvernement sous domination sociale-libérale.
Dire cela n'induit aucune ambiguïté quant à la nécessité de chasser la droite au deuxième tour en votant pour le candidat de la gauche le mieux placé, ce qui n'implique pas un accord de gouvernement. Peut-on rassembler la gauche sur une base antilibérale ? Si on ne peut imaginer convertir la direction du Parti socialiste - sans parler des radicaux de gauche - à la rupture avec le libéralisme, il est en revanche possible de changer la donne à gauche, d'y battre le social-libéralisme, d'y faire prévaloir une orientation de rupture avec le capitalisme libéral. Il faut pour cela construire une dynamique politique et citoyenne.
Lors de la campagne référendaire, un rassemblement populaire majoritaire s'est construit autour du rejet du projet de constitution européenne, alors même que la représentation politique et médiatique dominante y était très largement favorable. Or, il a été rejeté par une majorité de nos concitoyen(ne)s et de l'électorat de gauche. C'est de là qu'il faut partir pour changer les rapports des forces au sein de la gauche et dans le pays. Les échéances électorales de 2007 sont une étape déterminante pour y parvenir.
La gauche antilibérale doit chercher à transformer le rejet majoritaire du libéralisme exprimé le 29 mai en prééminence à gauche des options antilibérales. Pour cela, formulons un ensemble de propositions, radicales et crédibles, pour rassembler toutes celles et tous ceux qui ont intérêt à la transformation sociale, et impulsons une ré-appropriation démocratique des choix sociaux par les citoyens.
Des propositions communes sont déjà débattues dans les organisations, les collectifs, les forums unitaires. Si la volonté politique existe, un accord programmatique est possible.
Mais, à la différence d'un référendum, un projet politique ne peut devenir majoritaire sans le rassemblement qui le porte. Le 29 mai 2005 n'a pas intronisé automatiquement les forces éclatées de la gauche antilibérale comme alternative sérieuse. Leur concurrence en 2007 les conduirait à des scores de témoignages. La déception renverrait une fraction de l'électorat populaire vers l'abstention, une autre choisirait sans doute le " vote utile " dès le premier tour, quand d'autres s'égareraient dans les illusions de la " rupture " version droite musclée. Si l'alternative n'est pas réellement crédible, le néolibéralisme et le social-libéralisme seront remis en selle par défaut. Pour la gauche antilibérale, dispersion et atomisation, déclin ou marginalisation reprendraient leurs cours.
Une occasion aurait été gâchée, sans doute pour longtemps.
Lors de la campagne référendaire, le rassemblement a pu se faire, notamment grâce à l'" appel des 200 ", parce qu'il était construit autour d'une plateforme bâtie sur ce qui rassemble (tout en poursuivant les débats sur les différences), et qu'il associait différentes sensibilités politiques, des militants associatifs, syndicaux et des citoyens inorganisés. Des dizaines de milliers de personnes ont pu s'impliquer parce qu'elles n'avaient pas à choisir entre les différentes sensibilités politiques présentes. Ne l'oublions pas.
Le rassemblement antilibéral est à concrétiser, en créant une dynamique autour d'une élaboration de propositions communes, d'un débat citoyen qui s'en empare, d'un rassemblement unitaire qui les porte. Il n'est pas difficile d'imaginer un collectif de porte-parole et un accord pour les législatives. Choisir qui figurera sur le bulletin de vote à la présidentielle soulève une difficulté tant sont forts le caractère central de cette élection dans la Ve République et l'enjeu identitaire qu'il représente pour toute formation politique.
Il faut dépasser la tentation de chaque parti de présenter son propre candidat. Pour cela, il faut discuter tout de suite du contenu programmatique pour des candidatures unitaires en 2007, afin de décider, le moment venu, quelles sont les personnalités les mieux à même d'incarner le rassemblement de toutes les forces de la gauche antilibérale et de porter les propositions communes.
Celles et ceux qui souffrent des politiques libérales ont un besoin urgent
de ce rassemblement politique, de résistance anticapitaliste et de transformation
sociale, évitant l'enfermement dans une contestation sans perspective ou la
satellisation par le social-libéralisme. Ce pôle antilibéral, porteur des aspirations
populaires, ne peut se cantonner aux seules luttes sociales. Il doit aussi s'affirmer
dans le champ politique. Il n'y aura de changement qu'en combinant dans la durée
mobilisation sociale et action politique. La gauche antilibérale doit maintenant
prendre ses responsabilités.
mars 2006
4 - POUR UN RASSEMBLEMENT ANTILIBERAL DE GAUCHE ET DES CANDIDATURES COMMUNES : IL Y A URGENCE !
Pour que ça change vraiment, l'heure est venue de passer aux actes :nous proposons la création d'un collectif national d'initiative pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes.
En moins d'un an, à plusieurs reprises, la société française s'est insurgée contre le libéralisme, destructeur de vies et d'avenir. Le 29 mai 2005, une majorité a sanctionné les choix libéraux des élites européennes. A l'automne, la jeunesse de nombreux quartiers populaires, confrontée au chômage, à l'exclusion et aux discriminations, a manifesté sa révolte. En mars et avril de cette année, c'est par millions que jeunes et salariés se sont soulevés contre la précarité et la destruction du code du travail. Depuis, le refus de la loi sur " l'immigration jetable " s'étend. Ces séismes à répétition et les luttes appellent une réponse politique à la hauteur. Elle ne peut pas être le " réformisme de gauche " accompagnant la mondialisation capitaliste que propose la direction du Parti socialiste. Elle ne peut pas être la réédition de ces alternances sans changement profond qui se terminent immanquablement par des désastres, comme le 21 avril 2002.
Notre pays a besoin d'une rupture avec le cadre libéral, et non d'un aménagement de celui-ci. Ce choix, qui doit être traduit en propositions précises, correspond à l'attente de millions de femmes et d'hommes de notre pays. Il a vocation à être majoritaire au sein de la gauche, à y battre les politiques d'adaptation et de renoncement, ouvrant ainsi la voie à un changement politique et social profond.
Le discours dominant prétend fixer le cadre des prochaines échéances électorales en les réduisant à la rivalité des deux partis institutionnellement dominants. Tout juste s'inquiète-t-on de la capacité de l'extrême droite à troubler le jeu et s'interroge-t-on, en marge, sur qui décrochera le prix du meilleur second rôle à gauche du PS au terme d'une dérisoire compétition dans la dispersion.
Mais l'Histoire n'est pas écrite.
Nous étions ensemble contre les offensives de la droite et du patronat, refusant de nous incliner devant l'inéluctabilité du modèle libéral que l'on cherche à imposer à tous les pays d'Europe. Dans nos partis, syndicats, associations, dans le cadre des collectifs unitaires du 29 mai ou d'autres initiatives visant à l'unité, nous avons poursuivi notre démarche. Nous affirmons que seule une union de toutes les énergies anti-libérales autour d'un projet commun, seules des candidatures communes antilibérales de gauche aux élections présidentielle et législatives peuvent ouvrir la voie à une authentique alternative : sociale, écologique, anti-discriminations, démocratique. Faute de quoi l'exaspération et la détresse populaires risquent de se traduire en abstention et de profiter à la droite extrême ou à l'extrême droite.
Les obstacles à l'unité peuvent être levés si la volonté politique prévaut. Nous nous battons pour gagner. Nous voulons en finir avec le pouvoir de la droite, en finir durablement avec une politique dont le pays fait les frais depuis trop longtemps. C'est pourquoi nous avons l'ambition de changer en profondeur la donne politique, de bouleverser le rapport de forces à gauche.
Nous voulons construire une forte dynamique populaire et citoyenne, œuvrer ainsi à l'essor des mobilisations sociales, avec l'objectif d'une majorité et d'un gouvernement qui appliquent une politique au service du peuple. Une politique en rupture avec le libéralisme, opérant des choix respectueux du futur de la planète et des humains qui y vivent.
Nous le croyons possible. Si nous n'accédons pas au second tour de la présidentielle, nous nous mobiliserons pour battre la droite et l'extrême droite.Mais nous ne participerons pas à un gouvernement qui serait dominé par le social-libéralisme.
Des propositions convergentes existent sur nombre de questions essentielles. Elles fournissent déjà un fondement solide à notre rassemblement.
Notre campagne commune aux élections présidentielle et législatives devra s'inspirer de celle menée pour le rejet du traité constitutionnel européen. C'est la même dynamique unitaire que nous devons donner à voir dans les entreprises, les quartiers, les meetings, les médias. Cette campagne devra être portée par les différentes sensibilités engagées dans le processus et ensemble, partout, par les milliers de citoyens qui s'y retrouveront.
Un tel cadre collectif permettra d'échapper à la dérive présidentialiste encouragée par les institutions et de désigner celle ou celui qui symbolisera le mieux notre unité à l'élection présidentielle.
Le temps est venu de concrétiser. Nous proposons la création d'un collectif national d'initiative permettant de discuter de toutes les questions auxquelles ce rassemblement devra répondre, de lever les derniers obstacles et de concrétiser cette campagne. Nous convions toutes les forces, courants, sensibilités de la gauche anti-libérale, féministe, écologiste, citoyenne à être partie prenante de ce collectif qui ne sera pas un cartel figé et restera ouvert. Nous invitons toutes celles et ceux qui partagent notre objectif à créer partout de tels collectifs d'initiative, unitaires et populaires.
Il nous appartient de délivrer ensemble un message d'espoir. Le temps presse. Le défi doit être relevé.
Le 11 mai 2006
Signataires de l'appel : Etienne Adam, Christophe Aguiton, Tony Andréani (professeur émérite de sciences politiques), Patrick Appéré, Clémentine Autain (féministe, élue de Paris), Francine Bavay (élue régionale, les Verts) , Tarek Ben Hiba, Hamida Ben Sadia, Jean-Jacques Boilaroussie, José Bové, Michel Bourgain (maire, les Verts), Patrick Braouezec, Marylène Cahouet, Eric Coquerel, France Coumian, Pierre Cours-Salies, Claude Debons , Monique Dental (militante féministe), Hayat Dhalfa, Bernard Dedeban (syndicaliste), Michel Dupont, Frédéric Dutoit, Alain Faradji (membre du bureau politique de le LCR), Jacqueline Fraysse, Bertrand Geay, David Gipoulou (membre de " Pour la République Sociale " : PRS), Charlotte Girard (membre du bureau national de PRS), Bernard Guibert (membre des Verts), Jean-Paul Hebert (économiste, EHESS), Michel Husson (économiste), Raoul Marc Jennar, Jacques Lerichome (syndicaliste), Bernard Loche, Céline Malaisé (membre du bureau politique de la LCR), Roger Martelli, Henri Merme, Roland Merieux, Benoist Magnat (membre des Verts), Claude Michel (syndicaliste), René Mouriaux (politologue), Michel Naudy, Michel Onfray (philosophe) , Christian Picquet (membre du bureau politique de la LCR), René Revol (vice-président de PRS), Yves Salesse, Patrick Silberstein (médecin, éditeur), François Simon, Francis Sitel (membre du bureau politique de la LCR), Jean-Pierre Terrail (sociologue), Philippe Villechalanne (militant d'association de chômeurs), Claire Villiers (élue régionale, Alternative citoyenne) , Pierre Zarka, Malika Zédiri.
Et : Les Alternatifs, Convergence Citoyenne, Gauche républicaine, MARS (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale), Parti Communiste Français.